Eclairage au gaz de houille

Philippe Lebon (1767-1804) chimiste, remarque que le "gaz de houille" obtenu lors de la distillation du charbon pour fabriquer du coke est capable de brûler en produisant une flamme vive, presque blanche;

A partir de cette constatation, Lebon pense dès le départ utiliser la houille, c'est pourtant vers la distillation du bois qu'il s'oriente pour réaliser ses expériences. A l'époque, le mot distillation désigne toute opération qui permet de recueillir des produits volatils par chauffage d'un corps ou d'un mélange. Bien sûr, la distillation du bois donne un gaz de divers composés inflammable, mais aussi du goudron et un résidu réutilisable le charbon de bois.

Le 26.09.1799, Lebon prend un brevet pour un appareil dit thermolampe qui devait fournir à la fois de la lumière et de la chaleur. Lors de ses démonstrations l'inventeur place dans un grand caisson métallique des bûches de bois, qu'il soumet à la distillation sèche en chauffant par l'extérieur le caisson métallique. La matière organique se décompose sous l'action de la chaleur et donne naissance à un gaz inflammable, et divers déchets comme le goudron et un résidu important le charbon de bois.

Philippe Lebon fait ses premiers essais au Havre sans résulta, puis il éclaire les jardins et les appartement de l'hôtel Seignelay qu'il occupe rue saint Dominique ; mais l'odeur fétide du gaz rend le procédé insupportable.

En 1801, il réfléchit à un projet de moteur à gaz avec pompe d'alimentation et inflammation par un dispositif électrique.

Philippe Lebon décède assassiné à Paris, en 1804.

William Murdoch, (1754 - 1839) un industriel de génie, qui connaissant les essais de Lebon, établit, de 1792 à 1797, les premières fondations d'un procédé de distillation de la houille en vue d'obtenir du gaz d'éclairage. La houille qu'il emploie est loin d'être de bonne qualité. Quoi qu'il en soit, Murdoch obtient ainsi : un gaz brut riche en hydrogène, méthane, monoxyde de carbone ainsi que l'inévitable (SH2) et autres produits faciles à revendre comme:

  • le goudron riche en composés aromatiques et polyaromatiques alors utilisé pour le calfatage et qui deviendra le produit de base de la carbochimie.
  • le coke qui reste dans la cornue seul, à la vente, couvre le prix d'achat de la houille.

Murdoch, très opportunément, ne s'adresse pas aux particuliers mais aux industriels dont les ouvriers, ne sont pas conviés à émettre leur avis sur les vertus ou les vices de l'éclairage fourni par le patron. Pour sa première démarche, il a la chance de rencontrer un industriel convaincu des bienfaits du progrès, James Watt, dont l'usine de Birmingham se voit, entre 1798 et 1803, peu à peu équipée. C'est la première réalisation industrielle de la nouvelle technologie.

Pour les ouvriers, ce n'était pas une bonne nouvelle": à partir de cette période, les usines pouvaient fonctionner jour et nuit. La durée du temps de travail augmenta et ce fut le début du travail de nuit

Encouragé par ce succès initial, Murdoch poursuit sa prospection. Ainsi, en 1805 c'est une filature qu'il dote du nouveau système. Malheureusement cette réussite attire la concurrence, en particulier celle de l'Autrichien Winkler qui s'installe à Londres, sous le nom de Winsor. Il fonde, en 1812, la première usine à gaz qui éclaire l'avenue Pall Mall.

Les illuminations permanentes qui s'en suivent commencent à convertir les londoniens éblouis aux mérites du gaz.

Les industriels voient dans le gaz d'éclairage des perspectives lucratives et peu à peu des sociétés se créent, chacune avec son usine à gaz. C'est d'abord, en 813 aux Etats-Unis, puis Pauwels, en 1820, crée, au 97 du faubourg Poissonnière, un gazomètre de 196.000 pieds cubes puis. En 1821 la Wilson et Cie avec l'usine des Ternes, Pauwels à nouveau en 1822 avec l'usine de la Tour du Temple. En 1834, la compagnie de Belleville en crée une au 20 rue Saint-Laurent à Belleville ; en 1835 la compagnie Française, à Vaugirard ; en 1836, la compagnie Parisienne, à Ivry ; et en 1838 la société Pédartel et Cie, à Passy. Celle-ci a pour objet d'assurer l'éclairage de Passy et d'une partie du 1er arrondissement (section des Champs-Élysées et de Chaillot).

Rapidement la société Pédardel et Cie devient la Compagnie de l'Union pour l'éclairage au gaz de la houille qui se dissout elle-même en 1841 pour devenir la "Compagnie de l'Ouest.

Entre temps, la compagnie a été, le 1er janvier 1843, adjudicataire pour 18 ans de l'éclairage de la commune de Neuilly les Ternes. En 1847 elle obtient la concession, également pour 18 ans, de l'éclairage de la commune d'Auteuil. Le 28 avril 1851, elle traite avec la commune de Puteaux. Elle obtient les droits à l'éclairage sur les communes de Boulogne et de Courbevoie.

Les différentes usines à gaz sont conçues sur le même schémas : elles comprennent plusieurs bâtiments où l'on procède aux nombreuses opérations nécessaires à la fabrication du gaz, notamment une salle des batteries où le charbon est placé dans des cornues. Un autre bâtiment, la briqueterie, sert à la fabrique des cornues et des fours, comprenant le broyage, le moulage et la cuisson de l'argile. Enfin dans une autre partie de l'usine se trouvent les immenses appareils où se préparent le goudron et ses différentes transformations industrielles. Il y a aussi des salles d'hygiène où les ouvriers prennent avant et après le travail toutes les précautions et les soins de propreté que nécessite leur dur métier.

L'éclairage des particuliers, avec l'apparition, par la suite, de la plaque Gaz à tous les étages date de 1830.